(JPEG) Titre : « Des marchés émergent grâce à Internet »
Source : MARKET Magazine
Country : Suisse
Date : Octobre 2004
Author : Sylvie Rouen - David Pihen







Dans les pays en voie de développement, internet est un levier économique essentiel. L’accès au web y est encore réservé à une proportion congrue de la population, mais l’engouement pour les nouvelles technologies est tel que les internautes pourraient bientôt devoir se mettre au chinois ou à l’espagnol.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) constituent sans conteste des accélérateurs économiques et sociaux pour les pays en voie de développement. Elles permettent d’accroître la compétitivité et la performance des entreprises, grâce à une meilleure circulation de l’information et des connaissances. Plus encore, la réduction des coûts de transaction et surtout de l’accès à de nouveaux marchés représentent des améliorations majeures induites par l’implémentation de ces technologies. Preuves en est le dernier rapport de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), qui montre que certains pays d’Asie et d’Amérique latine ont fortement profité de l’essor des NTIC. L’exemple le plus explicite est l’ambitieux programme du gouvernement sud-coréen pour l’accélération de la diffusion des ordinateurs personnels, intitulé « un foyer, un PC ». Désormais, la Corée du Sud est le pays où internet à haut débit est le plus présent au monde, avec quelque 62% de la population connectée. L’utilisation intensive d’internet y a même fait littéralement exploser certaines activités économiques comme la bourse et les jeux en ligne.
Aujourd’hui, internet fait partie de la vie quotidienne de plus de 739 millions de personnes à travers le monde. Selon le site internetworldstats.com le web a connu une croissance de 25% du nombre d’utilisateurs en 2003. Ce média est aujourd’hui utilisé par 11.5% de la population mondiale. Mais le volume d’activités qu’il engendre concerne presque uniquement l’Amérique du Nord, le Royaume-Uni et les pays nordiques où plus de 50% de la population est connectée. Parallèlement, dans la majorité des pays émergents, le web est surtout utilisé comme moyen de réduire le nombre d’intermédiaires lors des transactions économiques, afin d’en abaisser les coûts - cette pratique est surtout répandue dans le domaine de la distribution des produits agricoles. Mais la diffusion grandissante d’internet dans les pays moins développés fait augmenter de manière constante le nombre d’internautes utilisant les langues asiatiques et latines. En 2002, ils ne représentaient que 32% des utilisateurs dans le monde - alors qu’ils comptent pour 80% de la population mondiale. En 2007, les pays en développement devraient représenter pas moins de la moitié des internautes au niveau mondial.

Fort potentiel de croissance
Pour l’heure, la croissance de l’utilisation de l’Internet n’est pas la même dans tous les pays émergents. L’Asie, par exemple, est séparée en deux groupes distincts, suivant leur degré d’accessibilité au net. D’un côté, ceux qui représentent des taux de pénétration supérieurs à 50% (Hongkong, la Corée du Sud, Singapour et Taiwan) - ce groupe ne représente cependant que 6,8% des internautes mondiaux. D’un autre côté se trouvent la Chine, l’Inde, l’Indonésie et la Thaïlande, qui présentent des taux de pénétration certes faibles, mais qui comptent déjà pour 14,7% des internautes mondiaux. Et leur croissance démographique élevée laisse augurer un très fort potentiel d’expansion du web à moyen terme.

Obstacles à franchir
Certains paramètres freinent néanmoins ces pays dans le développement de leur réseau internet. Les infrastructures de télécommunication premièrement sont la plupart du temps insuffisantes. Les coûts d’accès sont élevés et l’utilisation des cartes de crédit est encore peu répandue. De même, un cadre légal et une réglementation adéquate manquent souvent. L’information circule mal et les langues locales constituent parfois aussi des obstacles infranchissables. De plus, tous ces manques sont ancrés dans une absence de tradition en termes de création d’entreprises et dans des régimes politiques peu démocratiques. S’ajoutent à ces facteurs des niveaux de vie et d’éducation faibles et des barrières culturelles ou religieuses souvent rigides.

Internet et le défi linguistique
Au niveau des langues, le chinois est d’ores et déjà utilisé par 12.5% des internautes. Cette langue se classe ainsi au deuxième rang mondial des langues utilisées sur le web, après l’anglais avec 37.3%. En prenant en compte le japonais et le coréen, les langues asiatiques sont donc utilisées par 24.4% des internautes. Ainsi, l’Asie devrait compter quelque à 374 millions d’utilisateurs de la toile en 2005. Du côté de l’Amérique latine, le Brésil et le Mexique représentent 4.2% des internautes mondiaux avec des taux de pénétration faibles, avoisinant les 10%. Et l’espagnol et le portugais se classent au troisième rang mondial en termes de langue de connexion (9.6% des internautes mondiaux). La région Asie-Pacifique comprend 23 pays et plus de 3 milliards d’habitants. Elle représente la zone du globe qui connaît la plus forte croissance de ses activités liées à internet. Les entreprises désirant atteindre les marchés émergents via les médias électroniques doivent désormais s’entraîner à franchir la barrière des langues. Les entreprises européennes vont donc devoir se donner les moyens d’approcher l’énorme potentiel asiatique et latino-américain, en rendant leurs sites visibles et compréhensibles pour les internautes de ces régions. Sans toutefois omettre de se protéger contre les risques de fraudes.

Vers la société de l’information
Afin de corriger ces handicaps, les gouvernements des pays émergents doivent être encouragés à s’orienter vers des politiques publiques de promotion de la société de l’information, en développant les infrastructures nécessaires. Ainsi, selon une étude récente publiée par l’Organisation de coopération de développement économiques (OCDE), favoriser l’implantation des connexions à haut débit créerait un levier de développement économique et social pour ces pays. Corollaire de cette pénétration, la sous-traitance dans le domaine des services, notamment en Inde, pourrait même aller jusqu’à représenter entre 300 et 585 milliards de dollars américains en 2005.
En fait, l’évolution de l’accessibilité à internet dans les pays en développement, couplée à la tendance actuelle à la délocalisation des Etats-Unis vers l’Europe ou vers l’Asie, crée de nouvelles opportunités pour les entreprises désirant étendre leur pénétration sur le marché global.