Le Tamiflu® en vente via les liens commerciaux sur Internet : étude de cas

Grippe aviaire et Tamiflu : quel est le lien ?

Il ne se passe pas une journée depuis quelques temps sans que les médias ne relatent les risques de pandémie mondiale résultant de la possible recombinaison du virus de la grippe aviaire H5N1 avec un des virus de la grippe humaine. Cette recombinaison génétique permettrait la transmission du virus de l’homme à l’homme sans passer par l’animal. Il suffirait pour cela que les deux types de virus se rencontrent chez un même être vivant. Statistiquement le risque viendrait d’Asie, en supposant que plus de 600 personnes soient atteintes simultanément de la grippe aviaire et de la grippe humaine, d’après l’OMS...

Et le Tamiflu® (Oseltamivir Phosphate) du groupe pharmaceutique Roche dans tout cela ? Cet antiviral est normalement prescrit contre les virus de la grippe humaine, et doit être pris dans les 2 premiers jours de l’apparition des symptômes pour être efficace. Il aurait un effet sur le virus H5N1. C’est pourquoi les gouvernements ont décidé d’en stoker en cas de pandémie, et que les particuliers se sont faits prescrire ce traitement en préventif par leur médecin. (Lire le dossier complet de Vincent Olivier, Emilie Tran Phong sur le site de l’Express)

Le danger de la pénurie : cultiver la peur pour vendre ses produits sur Internet

Résultat : une pénurie dans les pharmacies...et une multiplication des sites internet proposant du Tamiflu® ou autres produits pour nous aider à combattre le futur virus !

Les opportunistes exploitent les peurs humaines pour vendre du Tamiflu® à des prix supérieurs au prix du groupe pharmaceutique Roche, comme sur Ebay UK, qui a vite retiré les offres aux enchères de Tamiflu®, ou encore vont proposer d’autres alternatives en attirant l’internaute sur leur site. Autre risque bien plus grave : des médicaments contrefaits ! Les risques de santé sont énormes comme il a été vu avec d’autres médicaments contrefaits.

Qui achète les mots « Tamiflu », « Oseltamivir » et « Oseltamivir Phosphate » pour faire des campagnes de liens commerciaux sur Internet ?

Qu’est-ce qu’un lien commercial, ou lien sponsorisé ?

Les liens commerciaux sont présents généralement au dessus et à droite des résultats naturels des outils de recherche. Ils apparaissent lorsque vous interrogez le moteur de recherche (Google, Yahoo, MSN...) avec un mot-clé précis. Lorsque vous cliquez sur un de ces liens, vous êtes dirigé vers un site qui, dans la majorité des cas, a quelque chose à vous vendre. Un clic de votre part coûte de l’argent à celui qui a « acheté » la possibilité d’être visible pour le mot-clé que vous avez demandé.

Bien sûr, plus le mot est demandé, plus son coût quotidien est élevé mais pas forcément son enchère. Un mot clé ayant un faible nombre de recherches quotidiennes peut avoir un coût par clic (CPC) démesuré car très ciblé et potentiellement très rentable si le visiteur achète le produit ou service. Exemple pour le mot clé « Forex online » ; 10 clics par jour seulement, CPC pour apparaître premier 13,36€ ! Par contre le site web www.tamiflu.com paye $0,91/clic pour le mot Tamiflu dans Overture (Yahoo, MSN, Altavista...) pour être présent en haut de la liste des liens sponsorisés.

Liens commerciaux et droit des marques

L’utilisation d’un mot-clé pour promouvoir des sites vendant des produits concurrents ou de contrefaçon constitue une contrefaçon de marque et une publicité déloyale ou parasitisme.

La jurisprudence a évolué ces dernières années en Europe avec par exemple la condamnation de Google France à indemniser la société Louis Vuitton Malletier pour avoir permis l’enchère des mots clés Louis Vuitton et LV à des sites vendant des produits contrefaits (http://www.linksandlaw.com/decisions-140-google-adwords.htm ).

Cadre de l’étude

LegitiName a développé un outil de surveillance des liens sponsorisés capable de réaliser des contrôles sur des campagnes publicitaires (Adwords de Google et Overture) lancées dans différents pays et dans les différentes langues de ces pays. Les résultats présentés correspondent à ce que voit un internaute à un instant, dans un pays, et une langue donnés. Nous avons défini 2 cibles : l’Europe (France, UK, Allemagne, Belgique, Suisse, Pays-Bas) et l’Amérique du nord (USA, Canada). Séquences contrôlées : tamiflu, oseltamivir et oseltamivir phosphate. Le contrôle a été réalisé le 20 octobre 2005 à 10:09:00 GMT.

Résultats

L’outil a identifié 220 liens sponsorisés à la date de contrôle pour les 2 cibles et les 3 mots clés prédéfinis. Ces 220 liens commerciaux représentent 56 sites différents, ce qui signifie qu’une campagne publicitaire peut s’étendre sur plusieurs pays et plusieurs langues au même moment.

En Europe, le mot « tamiflu » a été utilisé pour promouvoir 48 campagnes publicitaires, contre 38 en Amérique du Nord. Pour l’Europe la Suisse est en tête avec 12 liens commerciaux multilingues, devant la Grande-Bretagne avec 10 liens(voir Figure 1)

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www.tamiflu.com
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http://www.moneyshopper.co.uk/html/tamiflu_-_bird_flu.html

Figure 1 : Copies d’écran de 2 résultats obtenus pour le mot « tamiflu » dans le moteur de recherche Google UK.

Par contre si l’on comptabilise les liens pour les 3 séquences de mots-clés, c’est la Grande-Bretagne qui arrive en tête avec 24% des liens commerciaux contre seulement 5% en France (voir figure 2).

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Dans ce genre d’étude, où le nombre de résultats est important, l’intérêt est de pouvoir dégager par exemple les 10 sites les plus actifs dans leurs campagnes publicitaires, à savoir ceux qui investissent le plus d’argent pour détourner le consommateur vers leur site.

Faire une telle liste permet de mettre une priorité d’action et résulte en un meilleur retour sur investissement au niveau du client. Dans cette étude nous pouvons par exemple mettre dans le top 10 des sites : http://www.prbpharmaceuticals.com/order/vira38.asp, car il apparaît pour les 3 mots clés, et dans tous les pays étudiés. De plus ce site utilise la notoriété du Tamiflu® pour proposer à la vente un produit concurrent.

D’autres liens commerciaux sont potentiellement plus dommageables même s’ils sont moins représentés comme par exemple : http://www.moneyshopper.co.uk/html/tamiflu_-_bird_flu.html Ce site est visible sur les 3 mots-clés en Grande-Bretagne et présente un discours volontairement alarmiste et erroné sur la grippe aviaire et l’action du Tamiflu®, avec des liens sur des sites de pharmacies en ligne canadiennes qui vendent ce produit sans ordonnance médicale ! C’est à ce niveau que se situeraient les plus gros risques de contrefaçon et de santé publique !

Industrie pharmaceutique et Internet : le temps de l’action ?

Notre étude a révélé des abus autour de la marque Tamiflu®. Reste maintenant à évaluer les enjeux et les risques associés par ces détournements de trafic. Dans le contexte actuel et suite aux pistes de réflexions soulevées lors de la 71ème conférence PTMG à Cannes ce mois ci, l’industrie pharmaceutique devrait anticiper ce type de problèmes pour préserver son image de marque auprès du public.

N’hésitez pas à nous contacter pour obtenir plus d’informations sur cette étude et sur la surveillance des liens sponsorisés.